Immersion au pays des paillourtes dans le camping des paillourtes
Kerbouzier a accueilli un plaidoyer sensible pour un savoir-faire discret, celui des paillourtes. Résolument ancrés sur terre, Nicolas Straseele et son documentaire Le Pays des Paillourtes1, dressent le portrait de constructeurs et d’habitants d’habitats légers. Le café de sa famille s’appelait “À la botte paille”, Nicolas est un ancien étalonneur chez Fr3, entre autres métiers exercés. Il s’est pris de passion pour l’art du documentaire et ressemble drôlement à Ronan de Los Amigos. Prédestiné ou pas à la paillourte, il est parti à la rencontre des maisons en paille qui “poussent comme des champignons à la lisière de Brocéliande”. Le lien social qui se tisse de proche en proche est un mycélium tandis que parfois, des spores atterrissent dans d’autres régions - Andalousie - ou d’autres continents - Pérou. Le filage de la métaphore mycologique est-il total ? L’amour du spore pousse-t-il la communauté au partage inter-yourte de la mycose ? Gardons plutôt ce jardin là secret.
Les techniques de barbottis et de coffrage des uns côtoient les rêves de maison “sans coin” et la poésie des autres, tantôt cigale, tantôt fourmi. Pendant 50 ans, l’un des protagonistes a “le rêve de vivre dans un endroit rond depuis 50 ans. Les coins, c’est pas bon pour les esprits humains. Le cercle, ça edoucit les moeurs”. Tous sont mus par une forme de retour à la terre et par la joie de “protéger un petit bout d’espace agricole français”. “La terre c’est chaleureux, c’est vivant. Ça donne de l’énergie à travailler.” Ceux qui s’inquiètent que ce soit trop petit les désarmeraient presque. “Quand je trouve que c’est trop petit, j’agrandis”. Ils sont si bien qu’ils aimeraient payer des impôts. Mais le fisc semble tarder à reconnaître la citoyenneté de l’habitant du Kerterre. Une aubaine à double tranchant car, au fond, le Kerterrien n’aspire qu’à une chose pour la planète, que son habitat soit la norme et qu’on y paye l’impôt.

Pas de transformation industrielle pour ces projets d’habitats, alors “il faut beaucoup de monde, ça crée une osmose. Il ne faut pas faire ça tout seul”. D’anciens maçons y trouvent un goût renouvelé pour la construction, loin des machines. Pas de chaîne de transmission mécanique - même pas une tronçonneuse Makita 48V ? -, la transmission du savoir uniquement. Les outils sont simples et la distalité2 respectée avec leurs utilisateurs protège ces constructeurs détonnants de l’ère technophile. Les pratiques sont low-tech mais ça n’empêche pas la technodiversité3. Le déchirement de devoir utiliser de la ficelle plastique pour serrer les ballots de cet habitat fantastique n’entame pas la quête de la sérénité.
Sous un ciel étoilé, l’échange s’est poursuivi avec le réalisateur et Émilie, de l’association Halem4. Il fut question d’aïkido juridique qui aide les personnes vivant en habitat léger de se défendre face, notamment, “aux procédures judiciaires abusives et les difficultés rencontrées face à la loi Alur trop souvent ignorées”. Utiliser la force de son attaquant contre lui, voilà qui paraît être la seule option raisonnable.
“Quand je m’en irai, je retournerai à la terre, et ensuite ma paillourte y retournera aussi, ça me paraît bien”, conclut l’un des personnages haut en couleur du documentaire. Qui retournera à la terre en dernier ? La dernière IA ou la dernière paillourte ?
Ce pays est approximativement situé vers Rennes. Mais à la vitesse où se déplace les spores, les incendies et les sécheresses sur cette planète, il se pourrait que ce pays devienne la norme. Numérotez vos abatties et parfaites vos barbottis. ↩︎
« Cet ordinateur sur la table, explique Illich à Cayley, n’est pas un instrument. Il lui manque pour cela une caractéristique fondamentale, déjà connue au XIIe siècle et qui réside dans la ‘distalité’ entre l’utilisateur et l’outil. Un marteau, je peux le prendre ou le laisser. Le prendre ne me transforme pas en marteau. Le marteau reste un instrument de la personne, pas du système. Dans un système, l’utilisateur, le conducteur ou opérateur, logiquement, c’est-à-dire en vertu de la logique du système, devient partie du système. (…) Je suggère avec insistance qu’à un certain moment de notre âge adulte nous avons laissé derrière nous l’époque durant laquelle l’instrument dominait la perception de soi-même et du monde ainsi que les explications philosophiques du soi, du monde et du langage.» Ivan Illitch, la Corruption du meilleur engendre le pire. ↩︎
N’hésitez pas à vous lire une thèse de Pauline Picot, ça change d’Ivan. Ou alors, allez à #Mellionec #LaMachineDansLeJardin. ↩︎
Habitant·es de Logements Éphémères ou Mobiles ↩︎